A l'appel de la race du Saba: Mère, sois bénie!

Woï pour deux kôras, pour Pierre Achille

Léopold Sédar Senghor

 

Mère, sois bénie!

J'entends ta voix quand je suis livré au silence sournois de cette nuit d'Europe

Prisonnier de mes draps blancs et froids bien tirés, de toutes les angoisses qui m'embarrassent inextricablement

Quand fond sur moi, milan soudain, l'aigre panique des feuilles jaunes

Ou celle des guerriers noirs au tonnerre de la tornade des tanks

Et tombe leur chef avec un grand cri, dans une grande giration de tout le corps.

Mère, oh! j'entends ta voix courroucée.

Voilà tes yeux courroucés et rouges qui incendient nuit et brousse noir comme au jour jadis de mes fugues,

- Je ne pouvais rester sourd à l'innocence des conques, des fontaines et des mirages sur les tanns

Et tremblait ton menton sous tes lèvres gonflées et tordues.

At the Call of the Race of Sheba: Bless you, mother!

Woi for two koras, for Pierre Achille

Léopold Sédar Senghor

 

Bless you, mother!

I hear your voice, abandoned in sly silence in this European night,

Prisoner of white sheets, tucked coldly in, and of all the dread I cannot untie.

When the bitter panic of yellow leaves, like a sudden kite, melts over me

The panic of black warriors in the thunder of the tornado of the tanks

And their chief falls with a great cry, a great contortion of the body.

Mother, oh! I hear your voice rage.

Here are your raging red eyes, kindling the night and the black scrub, like the distant day of my escapes,

 - I cannot remain deaf to the innocence of conch shells, of fountains and mirages on the tans

And your chin was trembling under twisted, swollen lips.